L'INTERVIEW D'EMMANUELLE


Emmanuelle et moi c’est tout d’abord une rencontre. Une envie commune de réconciliation à son corps, de réparer une injustice, donner de l’amour et mettre en lumière toutes ces femmes qui nous inspirent. Je leur donne la parole, elle les habille et change le reflet du miroir.
SHAPES pour Almé une histoire qui commence maintenant.
Propos retranscrits par Violaine Khal.

 

Le téléphone sonne. Emmanuelle est dans ses bureaux.

 

« Emmanuelle ? T’es où ? Chez toi ? »

 

« Non, je suis en salle de réunion »

 

« Est-ce que tu as un miroir près de toi ? »

 

« Non, mais je peux aller dans la cage d’escalier si tu veux. (un temps) Ok j’y suis. (un temps). Tu vas me demander ce que je vois ? » (Rires)

 


« Qu’est-ce que tu vois devant ce miroir ? »

« Mon regard. J’ai les yeux qui brillent. C’est plutôt bon signe. Nous sommes lundi matin après un week-end bien rempli et j’ai le sourire. »

 

« Quelle relation entretiens-tu avec ton corps ? »

 

« C’est une longue histoire. À la sortie de mes deux grossesses, je faisais un 46 ; mon corps ne m’appartenait plus, je le niais. D’ailleurs, c’est marrant ce mot « grossesse ». Une des plus belles périodes de ma vie était associée au mot « grossir ». Dès que je croisais un miroir, à la sortie de la douche, je détournais le regard. Mon corps m’avait déjà fait beaucoup souffrir à l’adolescence où j’avais pris du poids. J’ai subi beaucoup de moqueries à cette époque. »

 

 

« Comment ça s’est passé pour toi ? Tu as fait le chemin seule ou tu as demandé une aide extérieure ? »

« Ma grand-mère me l’a fait remarquer un jour. C’était une de mes premières sorties au restaurant et il fallait s’habiller ; c’était mon anniversaire et ce moment fût très dur. Je ne savais pas quoi mettre, on n'était pas copains lui et moi à ce moment-là. Et malgré tous mes efforts, j’ai eu le droit à une remarque. »

« Je peux peut-être paraître un peu superficielle mais ce sont les vêtements qui m’ont ramenée à accepter mon corps. C’est une petite blouse qui m’a permis d’aimer ce que je voyais dans le miroir. Je ne sais pas pourquoi mais ce jour-là, je me suis sentie belle. Je ne sais pas si c’était la couleur ou la coupe mais mon corps et moi, on s’est mis à faire un. Je ne pouvais plus continuer à le faire souffrir, à me venger sur lui dès que j’avais un coup de déprime, en mangeant plus, par exemple. Il fallait que je sois bien avec lui et qu’il devienne mon allié. Et ça a commencé à cet instant, devant le miroir, où je me suis trouvée belle pour la première fois depuis très longtemps. »

 

 

« C’est à cet instant que tu as eu envie de monter Almé ? »

« L’année qui a suivi la naissance de ma dernière fille, tout s’est accéléré ; je quittais la finance, mon premier job, et je faisais l’expérience de me reconstruire dans ma féminité avec un corps bien différent de celui qui m’avait accompagnée jusque là. Je n’avais plus de repères en termes de taille et je me suis vite rendue compte que même la plus grande taille de mes marques favorites ne m’allait plus. L’injustice et la discrimination me révoltaient en règle générale et d’un seul coup, je prenais conscience que je n’allais plus pouvoir m’habiller où je voulais et que je n’étais pas la seule. La plupart des femmes ne pouvaient pas s’habiller où elles voulaient, puisque le 34-40 ne concerne qu’un petit pourcentage. »

« Je pense qu’Almé a commencé à germer à cet instant et j’avoue que cette fabuleuse aventure a eu un vrai impact thérapeutique pour moi.  Je me prends « un shoot » de bonheur à chaque fois que je lis les messages des clientes sur les réseaux. Elles sont heureuses de nous avoir trouvés et c’est ce qui me donne le sourire tous les matins. »

« Tu fais le choix d’habiller toutes les femmes du 36 au 54 même si en termes de production c’est parfois compliqué, pourquoi ? »

« J’avais vraiment cette image en tête que la taille ne devait plus être importante pour se sentir belle et femme.
Je rêvais d’une marque que toutes les copines puissent se refiler entre elles, sans être obligées de faire attention à la morphologie de chacune. Je voulais que la taille devienne un chiffre sans importance. Je mets l’accent sur la matière, la coupe, la couleur. Peu importe la taille ou la forme de ton corps, tu es une femme et tu dois pouvoir te sentir bien dans ton vêtement et te trouver belle. »

« Quelle serait la partie de ton corps qui te caractérise, qui te rend unique ? »

« Mes pieds, parce que je fais un 41 (Rires).  »

 


« Est-ce que ton corps t’appartient aujourd’hui ? »

« J’ai la sensation que oui. J’essaie d’en prendre soin et d’être à son écoute. C’est mon allié, on ne se fait plus la guerre. »

« Quel message aimerais-tu lui partager ? »

« Je suis désolée. Je me suis trompée sur toi pendant des années, je crois que je n’avais pas les bonnes lunettes (Rires). Un jour, quelqu’un m’a dit que j’avais une belle démarche. Je ne m’étais jamais posé la question jusque là mais effectivement, je pense que lorsque tu nies ton corps, il n’y a pas d’harmonie avec qui tu es ; tu dégages quelque chose d’étrange. Je devais certainement dégager quelque chose d’étrange avant. Mais aujourd’hui, il est mon allié, ma force ; on a trouvé le bon canal radio pour communiquer et je lui dis merci. Il m’arrive toujours d’avoir des moments où je ne me sens pas bien mais la différence aujourd’hui, c’est qu’à chaque fois, on prend la décision ensemble d’aller mieux ; je ne lui fais pas payer ma mauvaise humeur ou mon stress. »

« Qu’est-ce que tu aurais envie de dire aux femmes qui vont pousser la porte d’Almé ? »
« La confiance en soi passe aussi par le fait de se sentir belle. C’est notre raison d’être chez Almé. Nous voulons permettre à toutes les femmes d’oublier leur taille, peu importe ce qu’elles traversent, si c’est leur morphologie ou une étape de leur vie. Le corps d’une femme est en perpétuelle évolution ; il est vivant et notre objectif est de le mettre en valeur, que ce soit dans nos campagnes publicitaires ou avec nos clientes. »

« Il est temps de faire la paix. »